Le blog de Julien Arbez
13/11/2016
Nappé d’étoiles
Avant de chausser les mouffles pour plonger dans la blancheur de l’hiver, je vous invite à rendre une nouvelle visite aux chamois. Le rut n’est qu’à peine entamé et seules quelques grimaces et drôles d’élucubrations trahissent l’excitation des boucs. Pas encore de grande course-poursuite ni d’enjambées à rallonge.
Les chèvres sentent bien que messieurs commencent à chauffer, mais il en faut plus pour les distraire. Patientons. D’ici une ou deux semaines, elles émettront des hormones qui signaleront aux mâles qu’elles sont prêtes pour l’accouplement.
Ce jeune ne sera pas de la partie cette année. Du moins, pas au centre des discussions. Mais il se méfient tout de même du grand bouc qui cherche à le tenir à distance. D’ici un an ou deux, il tentera la relève !
Les faibles chutes de neige qui sont tombées ici déjà se font oublier. Au soleil, la neige a fondu. Seules quelques tâches blanches subsitent ça et là. Demain, il neigera à nouveau. un peu plus qu’hier. Les boucs passeront sans doute à la vitesse supérieure. Je reviendrai les voir en fin de semaine prochaine !
Trois jours ont passé. Sur les Hautes-Combes, les paysages sont en pleines noces.
En forêt, le calme a pris sa place. La neige a celà de merveilleux qu’on peut y lire comme dans un livre. Il suffit de prendre le temps de tourner les pages et de lire un peu entre les lignes. Des traces d’écureuil croisent celles d’une corneille. Ici, le renard est passé. Là, ce dit être l’entrée de son terrier...
Sur la crête une troupe de chamois (une autre !) est sortie du bois. Ils sont 14 exactement. Les uns grattent de la patte pour trouver de quoi grignotter un peu. Les autres observent, électriques. Ils tournent autour du troupeau,hument l’air, simulent parfois un pas de charge.
Malheureusement, en tentant une lente approche, je provoque la fuite de toute la harde. Quelques bonds et les voilà revenus en lisière, à guetter dans ma direction. Je fais demi-tour et marche dans mes traces. Ils redescendront quand je serai parti. Je ne ferai pas de nouvelle approche aujourd’hui.
Le temps d’un souffle et voilà une première éclaircie. Les Monts-Jura se découvrent à peine et laissent entrevoir les épicéas sous leurs sommets. Comme le tableau évolue vite ! Le temps va passer du gris au blanc. Les ombres se dessinent et la neige commence à scintiller.
Le lendemain, la petite mare de Boulème s’est endormie. Ses eaux peu à peu de figent en une carapace laiteuse. Sous la surface, les insectes se sont enfouis dans la vase pour le grand sommeil. Seuls quelques-uns d’entre eux continuent à chasser tant que demeure le répit. Car si le froid pose ses valises, la mare gélera dans sa totalité et toute vie sera emprisonnée.
Quelques chamois à nouveau son descendus de la crête.
Et ce matin, surprise ! Goupil est en maraude. Le chamois l’approche tranquillement, le renard lève à peine la tête pour lui prêter un peu d’attention. Pas de quoi être effrayé ! A près tout, le chamois est un ruminant pacifiste ! (ce propos n’engage que l’auteur, et fait abstraction des chamois mangeurs d’enfants et de femmes isolées).
Au-dessus de ma tête, une buse rase la canopée. Clic ! Clic ! Mince, j’avais fait un mauvais réglage. Mais parfois, les erreurs font du bien !
Comme on ne se lasse pas des premières neiges ! C’est comme si l’hiver était arrivé du jour au lendemain, sans prévenir personne. Qui des montagnes ou des Hommes sont les plus surpris ? J’ai ma petite idée sur la question...
Quittons les berges du lac de l’Embouteilleux plongées dans le soleil du soir pour rejoindre les prairies ensoleillées de Bellecombe au petit matin. Sous mes bottes craque la neige. Une petite croûte s’est formée en surface. A chaque pas, une poussière givrée se décroche et coule dans la pente.
Chaque plante restée "émergée" s’est transformée en un collier subtil et délicat. Un chapelet fragile et finement découpé, si fragile qu’une pensée les ferait tomber. Une parure insolite qui ne verra jamais le soleil couchant. Profitons-en ! Baissez-vous et regardez. Doucement. Comme les images valent mieux qu’un simple mot !
Le lac a troqué ses fleurs de givre contre un miroir lumineux. Un brin moins fragile, mais qui deviendra dur comme le roc ! On ira s’y promener avec les foulques et les renards. Etendre chanter la glace et craquer sous nos pieds.
Et là, juste là, peut-être nous arrêterons-nous sur une bulle emprisonnée ou un cristal magique.
Et l’on aura encore de bonnes raisons de se laisser surprendre.